Les consommateurs grands perdants des négociations de dupes entre industriels et distributeurs

29 juin 2023

Inflation & trimestre anti-inflation : Familles Rurales, association de défense des consommateurs et 1er Mouvement familial a conduit une étude relative aux pratiques des distributeurs en période d’inflation afin de :

-    Mesurer l’inflation sur un panier de produits de consommation courante répondant aux préconisations du Plan national nutrition santé
-    Comparer les évolutions de prix selon les gammes (marques nationales, premiers prix)
-    Vérifier les impacts éventuels du « trimestre anti-inflation » sur notre panier « manger sain » 
-    Repérer les pratiques commerciales des distributeurs susceptibles d’influencer le comportement d’achat des consommateurs, voire de les induire en erreur.

Afin de protéger les consommateurs soumis à des hausses conséquentes de prix, le Gouvernement a travaillé ce début d’année à la mise en place d’un dispositif anti-inflation. Son objectif consistait à inciter les enseignes de la grande distribution à réduire leurs marges sur des références qu’il leur appartenait de définir tant s’agissant de leur nombre que de leur gamme. Chacune était ensuite estampillée d’un logo proposé par l’Etat.

Nos principaux résultats

+ 15,9 % c’est l’augmentation sur un an du prix de notre panier « manger sain »

Face à cette flambée des prix 29% des français déclarent devoir sauter un repas par manque d’argent et 43 % (55% en milieu rural) déclarent avoir déjà renoncé à acheter des aliments et produits alimentaires .  

Manger sain, pour rester en bonne santé est devenu « mission impossible » pour des millions de ménages français. 

Le Trimestre Anti-Inflation (TAI) n’a pas tenu ses promesses s’agissant de notre panier « manger sain ». Son prix a augmenté de 3% entre février et avril 2023 

Alors que l’objectif du gouvernement était de permettre au plus grand nombre de consommateurs de « passer la vague inflationniste » en attendant la stabilisation des prix, force est de constater que l’incitation du Gouvernement n’a pas convaincu les distributeurs de contenir les prix sur les produits recommandés par le PNNS composant notre panier. 

En effet, bien qu’une partie des enseignes ait concédé un effort sur le prix et les marges de certains de ses produits, les aliments préconisés par le PNNS, qui composent le panier Familles Rurales, ont vu leur prix exploser. 

  • La profusion d’opérations commerciales mises en place par les distributeurs pendant le « Trimestre Anti-Inflation » a semé la confusion dans les choix à opérer et rendu plus opaque encore la comparaison des prix  

100% de nos veilleurs se sont sentis « perdus » face aux diverses opérations, prix bloqués, prix coûtants, produits labellisés « Trimestre Anti-Inflation », produits à « moins de 1€ ou de 2€ ». Entre promotion de produits ultra-transformés qui ont pris la place d’aliments sains dans nos paniers, puisqu’à priori plus « attractifs » et « compétitifs » sur le plan économique, et « fausses bonnes affaires », une seule certitude s’impose : la guerre que se sont livrés distributeurs pour paraitre le moins cher, n’a pas profité aux consommateurs. 

  • Particulièrement impactés dans leur vie quotidienne, 92% des français considèrent que l’inflation doit constituer une priorité de l’action gouvernementale. 

Que les consommateurs résident en zones rurales ou urbaines, tous ou presque sont unanimes sur le fait que l’inflation les impacte au quotidien : 92% des personnes interrogées déclarent qu’elles perçoivent son impact sur leur pouvoir d’achat et que cela les inquiète pour 90% d’entre elles. Dès lors, un consensus se dégage pour que la hausse générale des prix soit une priorité de l’action du gouvernement. Pour 92% d’entre nous, l’Etat doit agir.

  • Pour Familles Rurales, viser le « juste prix » c’est d’abord et avant tout imposer une plus grande transparence à l’ensemble des acteurs sur la formation du prix tant pour les produits bruts que transformés et ultra-transformés, et ce quelle qu’en soit leur origine. 

Les données disponibles démontrent des écueils contre lesquels nous ne pouvons que nous indigner. 

  • Comment expliquer, par exemple, que des producteurs de pommes et de poires plaident pour obtenir 1,20€ par kilo de fruits vendu à la grande distribution  (au mieux elle les leur achète 1€) et que ces mêmes fruits se retrouvent sur les étals des magasins au prix affiché de 2,50€ ? Même en tenant compte des charges de transport, de personnel, de magasin, des taux de pertes (pour les produits fragiles ou à consommer rapidement), comment comprendre un tel ratio, de telles marges, au détriment tant des producteurs que des consommateurs ? 
  •  Qu’en est-il s’agissant des produits transformés et ultra-transformés sur lesquels aucune visibilité n’est permise ?  
  • Combien coûtent-ils réellement à produire ? Pourquoi de tels prix après mise en rayon ? 

 

Pour Familles Rurales, le courage politique n’est pas tant d’espérer que d’agir. Inviter les industriels et/ou les distributeurs à baisser des marges dont on ignore à combien elles s’élèvent précisément ne saurait suffire ni encore moins constituer la solution idoine. L’Etat ne doit plus être le spectateur d’un jeu de dupes où chacun accuse l’autre de s’octroyer la part du lion au détriment des consommateurs.

 

 

Découvrez les résultats détaillés de notre étude "Observatoire des prix de l’alimentation et impact du « trimestre anti-inflation » sur un panier manger sain", en téléchargement ci-dessous.

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1- Etude Familles Rurales réalisée par l’IFOP - Territoires Ruraux : perceptions et réalités de vie face aux défis des transitions, mai 2023  

2-  https://www.lafranceagricole.fr/economie/article/836477/les-producteurs-de-pommes-veulent-0-20-kg-en-plus